Trois précautions pèsent plus que les autres, et dans cet ordre : éviter les chutes, se protéger des tiques, préparer le réseau et les secours avant de partir. Les glissades et chutes représentent 44 % des incidents en randonnée (SNOSM, bilan 2023), un chiffre qui concerne la randonnée en général et pas spécifiquement la balade en famille, mais qui donne la tendance. Les tiques inquiètent le plus les parents. L’absence de réseau, elle, est la plus facile à oublier. Rien de tout cela n’interdit la sortie : selon le SNOSM, 76,4 % des randonnées pédestres se font en famille ou en couple, en autonomie. Il suffit de les préparer. La méthode suit l’ordre de la sortie – avant, pendant, après – et une checklist à cocher clôt l’article.
Avant de partir : choisir le parcours et préparer la sortie
C’est ici que vous agissez le plus, et la plupart des choix qui comptent se font à la maison.
- Choisissez un sentier balisé. Selon le SNOSM (2023), le risque d’accident mortel traumatique est deux fois plus élevé hors sentiers. Ce chiffre concerne la randonnée en général, mais il justifie de ne pas improviser un raccourci avec des enfants. Les forêts publiques gérées par l’ONF comptent plus de 18 000 km de sentiers pédestres : il y a de quoi trouver un parcours près de chez soi.
- Proportionnez le parcours à l’âge des enfants. La recherche ne fournit aucune durée ni distance recommandée par âge, donc je n’en donne pas. Les variables à regarder : l’âge du plus petit, sa capacité à marcher seul ou à être porté, le dénivelé, le temps dont vous disposez avant la tombée de la nuit. En cas de doute, prenez plus court : on peut toujours rallonger sur place, pas l’inverse.
- Prenez une carte adaptée. Selon l’ONF, les cartes au 1/25 000e sont les mieux adaptées à la randonnée pédestre : 1 mm sur la carte correspond à 25 m sur le terrain. Repérez avant le départ les carrefours où vous pourriez vous tromper.
- Téléchargez l’application « Points de secours en forêt » à la maison. L’ONF la conseille fortement avant de partir, car les forêts sont mal desservies par les antennes-relais. Une application qu’on tente d’installer en forêt, sans réseau, ne s’installe pas.
- Prévoyez répulsif et tenue selon l’âge et la saison. Le détail est dans la partie sur les tiques plus bas.
- Jetez un œil aux règles d’accès. La plupart des forêts sont libres d’accès, mais selon l’ONF, le non-respect du Code forestier ou du Code de l’environnement peut entraîner des sanctions délivrées par des forestiers assermentés. Vérifiez les panneaux à l’entrée et restez dans l’esprit des lieux : sentiers, calme, pas de dégâts.
Vérification simple avant de fermer la porte : le parcours est choisi, la carte est dans le sac, l’application est installée et ouverte une fois, quelqu’un hors de la sortie sait où vous allez. Si l’un de ces points manque, adaptez le projet plutôt que de partir à moitié prêt. Le même réflexe vaut pour les papiers quand la sortie passe une frontière, comme pour l’autorisation de sortie de territoire d’un mineur : ça se règle avant le départ.
Pendant la balade : éviter les chutes, surtout à la descente
Les chutes sont le risque le plus fréquent, et la fracture la plus courante en randonnée touche la cheville (FFRandonnée). Avec des enfants, qui courent, sautent et regardent tout sauf leurs pieds, la vigilance paie.
Premier geste : restez sur le sentier. C’est le même argument que plus haut, et il compte davantage une fois sur place, quand un enfant veut « couper » à travers les racines ou grimper sur un talus.
Deuxième geste : ralentissez dans les descentes. Une étude menée dans les Pyrénées indique que 4 accidents traumatiques sur 5 ont lieu à la descente, contre 7 % à la montée. Précision honnête : c’est un contexte de montagne, pas de forêt de plaine, donc prenez ce chiffre comme un ordre d’idée sur terrain en pente, pas comme une mesure pour votre sentier du dimanche. Concrètement, quand le chemin descend, on remet les enfants à portée de main, on évite de les laisser dévaler devant, on tient la main du plus petit sur les passages de racines, de cailloux ou de terre humide.
Troisième geste : calez le rythme sur le plus lent, et faites des pauses avant la fatigue plutôt qu’après. Un enfant fatigué trébuche, et c’est souvent en fin de parcours, sur le chemin du retour, qu’on relâche l’attention.
Les tiques : se protéger avant, pendant et après
Les tiques sont particulièrement actives d’avril à octobre dans les milieux naturels, forêts comprises (ONF). Hors de cette période, le risque diminue. Pour garder les proportions : seules 10 à 20 % des tiques sont porteuses de la bactérie responsable de la maladie de Lyme (ONF). Il s’agit donc de réduire le risque, pas de renoncer à la forêt.
Avant et pendant
La majorité des tiques se trouvent à moins d’un mètre du sol (ONF), dans les herbes et la végétation basse. Ça donne la logique : vêtements couvrants, jambes comprises, et on évite de laisser les enfants s’enfoncer dans les fougères et les hautes herbes en dehors du sentier.
Pour le répulsif, c’est l’âge qui tranche. Le DEET est contre-indiqué chez les enfants de moins de 2 ans et chez la femme enceinte ; l’IR3535 peut être utilisé dès 6 mois (ONF). Si un bébé ou une femme enceinte fait partie du groupe, choisissez donc le produit en conséquence et lisez l’étiquette : la composition et l’âge minimum y figurent. En cas de doute sur un produit pour un nourrisson, demandez conseil à un pharmacien ou à la PMI.
Après
Au retour, inspectez chaque enfant et chaque adulte, en regardant les plis (arrière des genoux, aisselles, aine), le cuir chevelu, derrière les oreilles. Une tique est petite, on ne la voit pas d’un coup d’œil rapide. Faites-le le soir même, pendant le bain par exemple.
Si vous trouvez une tique, la zone de morsure doit être surveillée pendant au moins 6 semaines (ONF). Notez la date et l’endroit, et regardez si la peau change. En cas de doute, de rougeur qui s’étend ou de symptôme qui vous inquiète, demandez un avis médical : cet article n’a pas vocation à remplacer un médecin sur la conduite à tenir.
Si ça tourne mal : prévenir les secours en forêt
Ce qui est établi : le réseau est souvent faible en forêt, d’où l’intérêt de l’application « Points de secours en forêt » téléchargée avant le départ. En cas de blessure ou de perte de repères, elle sert à vous localiser et à donner un point précis aux secours. Gardez le téléphone chargé et ne le vidangez pas en photos pendant la balade.
Une précaution de bon sens : quand l’un des adultes reste avec l’enfant blessé, l’autre peut chercher du réseau ou le point de secours le plus proche, sans quitter le sentier. Et si vous n’avez pas pu prévenir quelqu’un de votre itinéraire avant de partir, une personne qui attend de vos nouvelles à une heure donnée est un filet de sécurité simple. Sur un tout autre terrain, la logique est la même que pour la surveillance près d’une piscine sécurisée : l’équipement aide, mais l’adulte attentif reste la première protection.
La checklist à cocher
Avant
- Sentier balisé choisi, parcours proportionné au plus petit
- Carte au 1/25 000e dans le sac
- Application « Points de secours en forêt » téléchargée et testée
- Répulsif adapté à l’âge (DEET exclu avant 2 ans et pour la femme enceinte)
- Vêtements couvrants si on est entre avril et octobre
- Itinéraire communiqué à un proche
Pendant
- Rester sur le sentier
- Ralentir et garder les enfants près de soi dans les descentes
- Caler le rythme sur le plus lent, pauses avant la fatigue
- Éviter les hautes herbes et la végétation basse
Après
- Inspecter chacun le soir même
- Si morsure : noter la date, surveiller la zone au moins 6 semaines
- Avis médical au moindre doute
Avant la prochaine sortie, deux actions suffisent pour commencer : téléchargez l’application « Points de secours en forêt » et repérez un sentier balisé près de chez vous.